Episode 12 : Mission grenouille

6 décembre 2017 : On dit qu’une fois n’est pas coutume, mais ici ça commence à devenir une tradition… tradition, un mot qu’ont inventé les Hommes pour justifier les mauvaises habitudes. Mais aujourd’hui, la tradition n’est pas d’origine anthropique mais plutôt originaire des tropiques… De la pluie ! Pour ne pas changer ! C’est humide ! C’est pluvieux ! La nuit fût très arrosée et ça n’a pas l’air de vouloir s’arranger. Pas vraiment de quoi motiver à une exploration profonde, je me laisse guider par les éléments, attends que l’eau s’arrête, me laisse porter par les vents pour découvrir de nouvelles terres où allumer le feu de mon appareil.

Ce soir, une sortie herpéto est prévue… au moins l’humidité ambiante aura ça de bon, les amphibiens devraient se montrer. D’ailleurs hier soir, Audric a assisté à un spectacle incroyable : une explosive ! Un rassemblement d’anoures au cours duquel toute tentative de communication vocale humaine s’avère rapidement voué à l’échec. J’espère vraiment pouvoir vivre cette expérience à mon tour. J’étais déjà impressionné par la sortie d’il y a quelques jours, les Dendropsophus minutus m’avaient proposé un spectacle inoubliable.

En attendant, je me dirige vers la Pointe des roches. Je sais qu’il y a quelques limicoles et j’ai déjà pu y observer quelques espèces : Pluvier argenté et semiplamé, Bécasseau sanderling, semipalmé, maubêche et minuscule, Tournepierre à collier… la liste est déjà intéressante en soi. J’aime ces petits oiseaux qui courent le long du rivage. Mais surprise ! Une bonne ! Si les espèces sont toujours les mêmes, je suis agréablement étonné par le nombre d’individus présents. En fait les roches ont disparues sous des boules de plumes, ça grouille de Scolopacidae… mais à peine ai-je le temps de me réjouir que la pluie vient me rappeler à ses mauvaises habitudes.

DSC03356Limicoles

Je me suis réfugié, je range mes affaires… je rentre après-demain… je lis, écoute de la musique… tue le temps. J’attends le soleil ou du moins que les nuages s’écartent. Il suffisait de le dire, voilà une petite éclaircie. J’embarque mon sac à dos et embrasse le moment. Je me dirige vers l’étang de Bois-diable, en effet, je me suis aperçu en faisant un premier tri de photos que je n’avais pas de photo exploitable de Jacana noir. Il se trouve qu’il est facilement observable sur ce point d’eau.

DSC03387Jacana noir

A peine arrivé, un sifflement jusqu’alors inconnu me parvient. Je cherche l’oiseau dans les feuilles, et le devine. Malheureusement, trop bien camouflé pour se laisser photographier, l’oiseau se défile. Je le vois sauter de branche en branche, avant de se mettre à découvert et de s’enfuir. Ai-je perdu une bonne occasion d’immortaliser une nouvelle espèce ? Non, le sifflement reprend. Un autre individu, se montre non loin, c’est un Troglodyte familier et, je ne le sais pas encore mais ces chants m’accompagneront jusqu’à la fin de la sortie.

DSC03365Troglodyte familier

L’après-midi défile à vive allure et je slalome entre les gouttes. Je tire le portrait à quelques compagnons ailés avant de finalement rentrer et me préparer pour la sortie nocturne.

Départ donné, il fait déjà presque nuit et nous en avons pour environ deux heures de route. Direction Kaw et sa forêt. Audric a repéré deux ou trois spots qui pourraient se révéler intéressants. C’est lui le guide, nous suivons. Après un bref arrêt au stand pour le ravitaillement, nous revoilà en route. Nous avons déjà bien avancé, il ne nous reste que quelques kilomètres avant le premier arrêt. La voiture s’embarque sur une piste en latérite l’espace de quelques mètres, nous bifurquons sur notre gauche et stoppons le véhicule. Nous sommes arrivés. A priori il n’y a pas grand chose à voir… ça fait un peu de bruit mais rien d’assourdissant, et ça n’a pas l’air de beaucoup bouger. Le point d’eau n’est pas loin, mais n’est pas visible d’où nous sommes, une petite butte nous en sépare. La petite expédition parvient sans mal à son but mais les premières observations sont bien maigres… quelques crapauds et… des guêpes ! Mais soudain une tortue est débusquée, c’est une Platemys platycephala ou Platémyde à tête orange, et après une séance photo mouvementée, nous décidons de la laisser tranquille.

DSC03443Platémyde à tête orange

Mais la tortue, bien que rencontre très sympathique, ne constitue pas la principale observation du site. Une magnifique grenouille arboricole est trouvée, peut-être la plus belle espèce de rainette du monde selon certains, et je ne suis pas loin de le penser également. C’est une Phyllomedusa tomopterna ou Phylloméduse tigrine, verte avec des grands yeux et des flancs orangés tigrés ! De toute beauté ! Je vais rester devant elle un bon moment à l’admirer et la photographier sous toutes les coutures. Il faut dire que la bête est coopérative, elle ne bouge pas beaucoup, se déplace au ralenti mais avec précision et dextérité.

DSC03454Phylloméduse tigrine

DSC03498Phylloméduse tigrine

DSC03485Phylloméduse tigrine

Départ annoncé pour le deuxième arrêt, nous nous garons à l’entrée d’un sentier… que nous ne prenons pas. Non, notre itinéraire emprunte un layon presque invisible de l’autre coté de la route. Une fois de plus, heureusement qu’Audric est là, notre guide en forêt, on voit qu’il connait ce petit monde comme sa poche et arrive à se repérer grâce à des indices qui demeurent pour moi invisibles et toujours un mystère. Comme il y a quelques jours, les minutus sont légion… mais beaucoup moins présente qu’hier apparemment. Audric est déçu, il espère pouvoir nous faire partager son expérience vécue. De mon coté, je suis déjà satisfait. La phylloméduse m’a embarquée dans son monde et je n’en suis toujours pas revenu. Quelle magnifique créature !

DSC03505Dendropsophus minutus

Les Dendropsophus minutus ne sont pas les seuls amphibiens sur les lieux et nous partons rapidement à la recherche des autres espèces du site. Nous gardons l’espoir de surprendre un crapaud cornu. Drôle de crapaud très discret et qu’on observe principalement à cette période de l’année. Mais point de crapaud… les rainettes sont elles bien présentes en revanche. Sur une feuille, une Scinax à taches oranges exhibe sa livrée sombre.

DSC03525Scinax à taches oranges

Un peu plus loin, une Rainette marbrée noire. Mais nos faveurs iront vers d’autres petites rainettes : des Rainettes à bandeau, de charmantes petites grenouilles toute en élégance. Discrètes, leur couleur se confond avec celle des minutus, alors lorsqu’une est repérée, nous nous retrouvons tous au même endroit. L’appel est lancée, nous voilà tous à observer un couple sur une branche. Elles ne semblent pas vraiment dérangées par notre présence, mais nous décidons de les laisser tranquille.

DSC03506Rainette marbrée noire

DSC03517Rainettes à bandeau

Nous rebroussons chemin, et encore une fois, j’ai beau regarder autour de moi, impossible de savoir par quel endroit nous sommes arrivés. Tout est pareil. Tout se ressemble. Et le layon que nous empruntons me parait encore plus invisible qu’à l’aller. Il est vraiment facile de se perdre dans ces forêts.

Audric nous dirige vers le dernier spot à explorer. Celui-là est encore plus caché. L’entrée est proprement invisible… et après quelques dizaines de mètres, les arbres s’écartent. Une nouvelle mare fais son apparition sous nos yeux, au milieu de rien… mais ce qui nous choque… c’est le silence… pas un bruit… ou si peu… les grenouilles ne sont pas là… pour ce genre d’évènement, il faut avoir la chance d’être là le bon jour… à une nuit près, tout peut changer du tout au tout… et ce soir, ce n’est pas notre soir. Tant pis pour les explosives, ce n’est que partie remise… je ne suis pas déçu, je rentre avec une belle collection de photos d’amphibiens, des êtres auxquels je ne prête pas assez d’attention. J’essaierai d’y remédier par le futur. Je rentre aussi avec le bonheur d’avoir croiser les yeux gris de la Phylloméduse tigrine… et ça, c’est déjà quelque chose !

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Episode 11 : Prenons de la hauteur

5 décembre 2017 : Une fois de plus, le hamac a eu raison de moi. Quelques lignes de mon livre lues et mes yeux se sont fermés. Nuit douce bercée par le tintillement des goutes de pluies qui s’écrasent sur le toit du carbet. C’est officiel, la saison des pluies a commencé.

Mais ce matin, la pluie n’est plus. Le soleil semble sortir vainqueur de sa lutte sans merci. Le ciel est pour l’instant bleu mais l’atmosphère reste lourde, pesante, humide… j’ai bien compris que la pluie peut arriver aussi vite que ce qu’elle part. Pour rajouter une couche dramatique à cette ambiance, des hurlements se font entendre… au loin, un groupe de singes hurleurs vagabondent de branches en branches. Spectacle habituel de la forêt. Jusqu’ici, je les ai entendus tous les jours passés sur le terrain, mais ne les ai toujours pas vus. Ils sont pourtant peu discrets mais leur cri est si puissant qu’il s’entend à une distance considérable, et ce n’est pas parce qu’on discerne nettement ces vocalises que le primate est dans l’arbre d’à coté. La densité de la canopée n’aide pas non plus, le groupe pourrait se déplacer à quelques mètres qu’il pourrait rester complètement invisible.

Autre habitant bruyant, le Caracara à gorge rouge. Celui-là j’ai pu l’observer il y a quelques jours, et conformément à sa réputation, il est toujours responsable d’un vacarme sans pareil. Aujourd’hui, les cris proviennent de l’autre rive du Kourou, d’un arbre dominant les autres. Je sais qu’ils sont là, je les entends parfaitement mais ne parviens toujours pas à les distinguer. J’ai pourtant mis toutes les chances de mon coté, je suis descendu de mon perchoir et suis au bord du fleuve. Il n’y a, si ce n’est le fleuve, aucun obstacle entre l’arbre en question et moi. Et puis, je ne sais pour quelle raison, en un instant, tout le groupe s’envole, franchit sans difficulté le cours d’eau, me passe au-dessus et s’efface rapidement par delà la canopée. Dans quelques minutes je ferai comme eux, je m’envolerai à mon tour en direction de la cime des arbres.

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Le ciel se couvre de ses tristes habits, cela n’augure rien de bon. La brume matinale chargée d’humidité recouvre la végétation. La décision est tout de même prise de partir à l’assaut des hauteurs. Nous enfilons nos baudriers et sommes équipés pour quelques tyroliennes et ascensions. Je m’élance dans le vide, transperce le feuillage, je vole comme ceux que j’affectionne et atterrit sur le sol. Joie de courte durée, ce qui devait arriver arriva… la pluie ! L’invité surprise ne nous aura pas évité et de grosses goutes commencent à atteindre le sol. Rien d’inquiétant pour le moment, les goutes sont peut-être grosses, l’averse, elle, reste supportable, filtrée par le voile de chlorophylle au dessus de nos têtes.

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Par un jeu de corde, je réalise mon ascension. Une vingtaine de mètres à gravir et je domine la canopée. Tout autour n’est que verdure à perte de vue. Verdure et gros nuages. La pluie qui s’était évanouie reprend vie ! Doucement dans un premier temps, et si elle ne nous empêche pas de profiter du paysage, elle réduit les observations ornithologiques considérablement. Un Urubu à tête jaune dessine des cercles dans le ciel jusqu’à disparaître au loin… et puis, c’est à peu près tout… il ne subsiste que quelques Caciques verts, un classique !

DSC03339Cassique vert

Malgré les nuages, la vue est imprenable. Nous sommes au dessus de tout. L’aménagement réalisé ici est tel que nous surplombons la forêt et avons la vue dégagée. Des passerelles nous permettent d’évoluer sur quelques mètres, de quoi se perdre au milieu des lianes et des épiphytes et de se rêver quelques instants en enfant sauvage… quelques instants seulement, la pluie, plus sauvage et violente que la nature qui nous entoure, refait surface et nous enlève à nos songes de jeunesse.

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Cette fois, la pluie semble inarrêtable. Elle fond sur nous avec envie et férocité ! Un appétit sans fin, ni faim, qui signe la fin de l’escapade. Avant que le ciel ne nous tombe sur la tête, la décision est prise de redescendre. Le processus est assez long, nous sommes un petit groupe d’une dizaine de personnes et la descente s’effectue en rappel, deux par deux. Chaque binôme devant attendre que le précédent touche le sol est que les cordes remontent, en priant pour que la pluie ne nous submerge pas.

La chance, si on peut appeler ça comme ça, est avec nous. Nous parvenons, sans encombre à descendre et à faire la dernière tyrolienne, celle qui nous ramène au campement dans un calme relatif. Pieds posés au sec, l’eau s’abat en un rideau continu. Nous sommes à l’abri mais difficile de trouver un habit sec… et de toute façon ça servirait à quoi ? Nous avons bien compris que nous sommes condamnés à un retour difficile vers Kourou. Deux heures de pirogues qui s’annoncent pour le moins humide…

Prémonition vérifiée… la pluie n’a pas baissé en intensité… nous sommes en boule dans la pirogue et quelques têtes courageuses et encapuchées dépassent de l’embarcation. Et puis, aussi inexplicablement que cela puisse paraître ou peut-être tout simplement parce que tout a une fin… et que finalement, plus on s’éloigne du début, plus on se rapproche de la fin… la pluie s’arrête, laissant entrevoir quelques éclaircies et quelques sourires sur les visages. Comme de coutume, j’observe les alentours et comme de coutume également, les éclaircies sont synonymes de réveil. Un vol superbe de Caciques culrouge nous devance ! Je n’avais jusqu’alors pu les observer que de loin sans pouvoir profiter de leur couleur vive…. et ils n’hésitent pas à nous l’exhiber : un magnifique plumage rouge vif qui contraste avec le reste sombre du corps.

L’appareil est rangé et je n’avoue pas avoir la motivation de le sortir… et c’est le moment qu’ont choisi les toucans pour traverser le cours d’eau. Au dessus de nous, un puis deux, puis trois… nous suivons un toucan du regard et une fois qu’il disparait sur notre gauche, un autre apparaît sur la droite… le défilé ne cesse qu’après six ou sept individus. C’est ainsi que se termine notre expédition en canoë et en canopée, deux mots qui sonnent presque pareil, complètement différents mais qui au final auront étaient presque aussi humide l’un que l’autre !

Episode 10 : Dans la forêt lointaine

4 décembre 2017 : Je prépare mes affaires une nouvelle fois. Je pars à la découverte de la forêt, de la rivière, de la canopée… de la Guyane ! Une fois n’est pas coutume, je m’embarque dans une aventure peu faite pour moi… la vie en communauté. Je suis peut-être aussi sauvage que la nature qui va m’entourer, au moins dans un premier temps.

J’arrive au dégrad, lieu de rendez-vous et d’embarquement. C’est d’ici que la pirogue va partir, et deux heures plus tard, à naviguer sur le Kourou, nous aurons atteint notre destination : un camp en canopée. Nous ne sommes pas encore partis que déjà, j’observe les alentours et laisse mes yeux trainer un peu partout. La lumière n’est pas au beau fixe, le ciel est chargé. Cela ne m’étonnerait pas qu’on se prenne une belle averse sur le coin de la figure. Pas fan non plus de ce genre d’expérience : de la pirogue par temps de pluie. Mais peut-être allons-nous y échapper et quelques rayons perforent, au bout d’une lutte acharnée, le plafond de nuages ! Quelques Hirondelles chalybées et autres Barbacous à croupion blanc ornent les câbles électriques, je ne suis pas venu pour rien !

Hirondelle chalybéeHirondelle chalybée

Barbacou à croupion blancBarbacou à croupion blanc

Arrivé parmi les premiers, comme à mon habitude, je déteste être en retard, me voilà prêt à admirer les préparatifs. Je vois progressivement la pirogue se charger de tout ce dont on aura besoin, je compte les sièges restant et me projette déjà dans un futur proche à l’arrière de l’embarcation. Si je ne paraît pas de très bonne humeur, ce n’est pas que je suis dans un jour particulièrement mauvais, mais j’appréhende. J’appréhende un peu, même si je sais que je ne risque rien, mais parfois savoir que je ne sais pas nager prime sur l’instant présent.

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Le départ est donné. La pirogue ne bouge pas, ne tangue pas, elle fend le Kourou à contre courant. Le temps s’éclaircit, mon moral aussi ! Tout autour de nous défile la forêt, paysage grandiose ! Mon état d’esprit de découverte refait son apparition peu à peu et je me mets à observer tous les petits recoins de berge à la recherche de je ne sais quoi de vivant. Tout me fera plaisir et penser à autre chose qu’à la profondeur du cours d’eau. Au départ, les guides nous indiquent les oiseaux qu’ils voient : une Buse blanche, quelques toucans… et puis plus rien. Ils se perdent dans leur conversation et nous oublient un peu, ou peut-être suis-je de mauvaise foi, et ils ne jugent pas les quelques oiseaux présents dignes d’intérêt pour des touristes pas particulièrement enjoués à la vue d’hirondelles et nous laissent tranquillement à profiter du moment… sauf que moi, pour profiter du moment sur une pirogue, il me faut des oiseaux… et je ne suis pas contre deux paires d’yeux supplémentaires pour me faire découvrir une boule de plumes qui m’aurait échappée !

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Je ne compte que sur moi pour compléter mes observations. Les Martins-pêcheurs à ventre roux et d’Amazonie  nous accompagnent sur tout le trajet. Posés, il décollent dès que la pirogue s’approche à quelques dizaines de mètres, suivent le cours d’eau et se reposent un peu plus loin, réalisant le même ballet à chaque passage de l’embarcation. Voila de quoi me redonner le sourire, d’autant que je surprends un Grébifoulque d’Amérique, il m’en faut peu pour être heureux. Mais la palme revient aux Hirondelles à ceinture blanche ! Magnifiques et élégantes ! Sombre, d’une belle robe bleue marine des plus sobres qui leur recouvre entièrement le corps, à l’exception d’une ceinture blanche, comme son nom l’indique, de toute beauté !

Nous voilà arrivés à destination, la pluie aussi ! C’est ici, en ce lieu précis que je soupçonne se cacher la saison des pluies… il y a bien quelques petites éclaircies qui me permettront de prendre en photo un téju qui se prélasse au soleil, mais le ciel gris domine.

DSC03322Téju

DSC03325Téju

La décision est toutefois prise de faire la randonnée de l’après-midi. La pluie est quelque peu amortie par la densité de feuilles, nous sommes presque à l’abri. Le guide connait parfaitement son monde, je vais de découvertes en découvertes. Ce monde est fantastique ! J’en apprends sur les fourmis, sur la flore, et même sur les mygales qu’il nous fait sortir de leur trou. D’ailleurs à ce sujet, je suis surpris du faible nombre d’arthropodes rencontrés depuis le début de mon voyage, j’en ai d’ailleurs parlé à plusieurs personnes et toutes sont d’accord. On a une image de la Guyane grouillant de bêtes à six pattes ou plus, on redoute l’instant où on tombera nez à nez avec une grosse araignée velue dans sa chambre ou qu’on croisera une scolopendre de taille considérable sur le pas de la porte ! Mais en réalité, ces rencontres sont très rares. Il y a bien des insectes, mais il faut les chercher de nuit dans la forêt. Certes la diversité de ces petites bestioles est impressionnante, que ça soit en taille, en forme ou en couleur, mais la densité est faible… et ça ravit pas mal de monde, exceptés les naturalistes.

La forêt se termine et devant nous coule le Kourou. Des canoës nous attendent, nous rentrerons comme ça… et sous la pluie. Une de mes seules observations d’oiseaux de l’après-midi se fera à ce moment là, un vol de Barbacous noirs nous accompagne quelques secondes avant de disparaître dans l’enfer vert. Aujourd’hui, la pluie a eu raison de mes possibilités et envies de photos. J’espère que demain, le ciel nous réservera une bonne surprise.

Episode 9 : Observations matinales

3 décembre 2017 : Rien à déclarer ! Tout va bien ! Une fois dans mon hamac, enveloppé par le sombre voile de la nuit, je n’ai guère lutté. Toute résistance aurait été vaine de toute façon. Parfois, il faut savoir lâcher prise. Je me suis réveillé à mesure que le soleil ôter délicatement la noirceur du ciel. Tout est calme et ces quelques nuits suspendues au dessus du sol ne sont pas pour me déplaire. J’y trouve un sommeil réparateur et, c’est sûrement psychologique, la sensation bizarre que mes douleurs liées à des tendinites aux tendons d’Achille s’évaporent… de là à installer un hamac à mon domicile, il n’y a qu’un pas que je ne pourrai franchir…

Le silence de la torpeur matinale ne dure qu’un temps et rapidement, la nature et ses habitants à plumes donnent de la voix. En ce début de journée, ce ne sont pas les plus calmes qui se manifestent. Un vacarme sans nom s’élève de la forêt. Une cacophonie qui ne semble vouloir disparaître. Ca crie, ça hurle ! Je ne comprends pas ce qu’il se passe, je ne sais pas de quoi il s’agit précisément… j’étais pourtant prévenu. On m’avait bien dit « s’ils sont là, tu le sauras rapidement » et, en effet, difficile de passer inaperçu et de cacher sa présence en faisant un tel raffut ! Je ne les identifierai pourtant que lors de leur passage en zone dégagée. Ce sont des Caracaras à gorge rouge et ils portent bien le nom qu’on leur donne ici : Kankan !

Caracara à gorge rouge

Les petits oiseaux commencent à se montrer… loin, bien trop loin… ce ne sont que des petits points plus ou moins colorés qui s’agitent à la cime des arbres. Quelques Callistes diable-enrhumé descendent peu à peu et traversent le camp à tire d’aile. Un Barbacou noir s’installe à découvert sur une petite branche dépassant de la végétation. Mais ce sont les grands oiseaux que nous sommes impatients de voir ! En effet, ce camp a un sacré potentiel et tous les espoirs y sont possibles ! Toucans, perroquets et rapaces passent souvent à proximité ! Hier, avant notre arrivée, les quelques chanceux présents ont pu assister à un spectacle incroyable : un Aigle noir et blanc et une Harpie féroce dans le même arbre ! Observer une de ces deux espèces est déjà rare en soi… la probabilité de voir les deux dans la même journée n’est pas élevée, et celle de les voir dans le même arbre au même moment doit frôler le néant. De nouveaux cris me tirent de mes pensées. Les premiers visiteurs attendus viennent d’arriver ! Des Papegeais maillés se sont posés… à contre-jour.

Papegeai mailléPapegeai maillé

Observation aussi attendue que rapide… aussi vite arrivés, aussi vite partis… les perroquets ne nous ont pas fait l’honneur de leur présence très longtemps. Mais tout cela est vite oublié, pas le temps de se morfondre sur une déception, la nature nous offre un autre cadeau ! Une belle Buse blanche vient de se poser sur l’arbre en face de nous… pas de contre-jour, bien à découvert… parfait ! Mais une fois de plus, le rapace décolle rapidement… mais cette fois, la nature a pitié de nous, l’oiseau s’arrête sur un arbre un peu plus proche et sur un fond de ciel bleu ! Que demander de plus ?

DSC03219Buse blanche

DSC03223Buse blanche

Les petits passereaux se mettent une nouvelle fois en évidence. Les matinées guyanaises sont décidément riches et ça vaut vraiment la peine de se lever tôt. Le calliste se montre une nouvelle fois, avec sa tête bleue et sa proie au bec ! Une Oriole à épaulettes nous rend visite à son tour, un oiseau avec une tâche jaune sur chaque aile contrastant admirablement avec la noirceur de son plumage. Puis les courants et omniprésents Tangaras des palmiers participent au spectacle proposé.

Calliste diable enrhuméCalliste diable enrhumé

Oriole à épaulettes 2Oriole à épaulettes

Tangara des palmiers 2Tangara des palmiers

A mesure que le jour avance, les observations se raréfient. La majeure partie des acteurs ont disparu. Si je veux voir un peu plus de plumes, il me faut parcourir la lisière des forêts, les oiseaux s’y montrent un peu plus longtemps. Alors j’emprunte un chemin, mais qui se faufile derrière le camp. Je ne suis pas dans la forêt en elle même, mais de chaque coté je peux en voir une partie et au fur et à mesure que j’avance, elle semble avaler le sentier. La végétation se resserre, des branches transpercent le chemin de part en part obligeant à des mouvements de contorsion… je fais finalement demi-tour, bredouille… et me console avec des Anis à bec lisse qui sèchent leurs ailes au soleil.

Ani à bec lisse 4Ani à bec lisse

Je retourne au camp. Ma soif de photos est trop grande et je suis décidé à trouver un autre sujet. Je sais pertinemment que ce n’est pas le bon moment, et que la plupart des oiseaux se sont cachés. Ils ressortiront en fin d’après-midi… oui, mais nous ne serons plus là… si je veux immortaliser un dernier animal, c’est maintenant ! Alors, je fais le tour des carbets et observe les branches à découvert… et là, devant moi, une femelle de Colibri topaze reste figée sur son perchoir pendant de longues minutes. Merci madame !

DSC03235Colibri topaze

C’est l’heure du départ, nous ramassons toutes nos affaires et embarquons ! Mais à peine avons-nous démarré qu’un magnifique Jacamar à longue queue se pointe. Il est en hauteur sur une branche qui traverse la piste et observe le cortège des véhicules qui s’échappe. J’avais déjà vu et photographié cet oiseau lors de mon séjour à Kaw, mais l’oiseau, peu coopératif, s’était monté à contre-jour dans la faible lumière de la matinée. Je suis d’autant plus content d’avoir une deuxième chance.

Jacamar à longue queue 2Jacamar à longue queue

Jacamar passé, nous roulons en scrutant les alentours. Nous savons que le coin est riche, il n’est pas impossible de surprendre une harpie sous la canopée, de se faire survoler par des toucans ou de voir traverser devant nous un petit ou un gros mammifère… mais ce sera un serpent qui nous fera nous arrêter. Personnellement, je ne l’avais pas vu… ou alors pris pour une branche… mais Audric, lui, a l’habitude et l’oeil aguerri. Le serpent était sur la piste et aurait pu se faire écraser facilement. Nous stoppons la voiture après l’avoir dépassé. Audric l’attrape et le pose sur un arbuste. Le mimétisme est saisissant. La courte manipulation a eu l’effet de l’animer, et le voilà bien actif sur son nouveau perchoir. C’est un Liane à gueule noir, et lorsqu’il nous exprime son mécontentement on s’aperçoit rapidement que son nom n’est pas usurpé : effilé comme une liane et la gueule noir brillant.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALiane à gueule noire

OLYMPUS DIGITAL CAMERALiane à gueule noire

Nous arrivons sans encombre à destination. C’est la fin d’une aventure… mais demain je pars pour une autre !

Episode 8 : Anoure, mon amour !

2 décembre : Je ne dois pas être encore complètement tropicalisé. Paraît-il que la nuit a été froide, ou tout du moins humide… et que cette humidité latente a été pour certains source d’une fraîcheur que je n’avais pas soupçonnée jusqu’à mon réveil. Il faut dire que nous sommes au mois de décembre et que je suis habitué aux températures qui sévissent en cette saison en métropôle… On s’accoutume rapidement à la chaleur, j’en avais fait l’expérience lorsque je vivais en Gwada : le soir venu, la température chutait de quelques degrés, il m’arrivait alors de sortir les manches longues. Bien sûr, il faisait encore très bon, et il est très rare que le mercure descende sous les 20°C… mais comme quoi, le chaud a rapidement fait de nous embarquer avec lui.

Pour l’heure, c’est la forêt qui nous embarque et nous profitons des premières heures justement, pour apprécier le lever du soleil. Ensuite, nous nous engouffrons entre les arbres et je découvre ce que j’ai raté hier. Nous sommes tellement monté vite que je n’avais pas vu ces arbres infinis, ces rochers gigantesques, cette végétation luxuriante et tous ses habitants pourtant nombreux. C’est d’ailleurs sur ce point, et comme à notre habitude, que nous allons nous attarder. Une dendrobate réside en ces lieux, et il faut plus précisément la chercher dans l’humidité et à proximité des chablis, ces arbres tombés qui lui offrent l’opportunité d’une cachette inespérée. Mais apparemment, il est de plus en plus difficile de la trouver. Audric me fait part d’une de ses nombreuses remarques personnelles intéressantes, celle-ci est inquiétante : plus il vient, moins il en voit ! Ce jour, j’en trouverai une ! Magnifique ! J’ai déjà eu la chance d’en voir au Costa Rica, mais celle-ci est remarquable par sa taille ! Je suis impressionné ! Je ne l’imaginais pas si imposante… même si elle doit faire, en tout et pour tout, aux environs d’une demi-douzaine de centimètres… et sa livrée est somptueuse également, d’un sombre brillant agrémenté de quelques volutes jaune vif ! Si flashy et pourtant si discrète dans les feuilles mortes… si rapide aussi, si fugace qu’elle échappe rapidement à notre surveillance. Cela fait partie du jeu, et rajoute également un peu de piment à ces rencontres.

Nous plions le camp, il est l’heure pour nous de déménager. Ce soir nous dormirons ailleurs : un ancien camp d’orpaillage qu’un ami d’Audric souhaiterait reconvertir en éco-lodge. Nous y serons à l’abri, nul besoin de tendre de bâche, le hamac et la moustiquaire suffiront ! Mais avant, une séance photo s’impose, et c’est un magnifique, et néanmoins courant, serpent rouleau qui servira de modèle.

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Je retourne aux sources, ça fait du bien… avec toutes ces plumes, j’en oubliais presque que c’est la nature en elle même et toutes ses beautés qui m’ont orienté progressivement vers l’observation d’oiseaux ! Je retrouve progressivement mes yeux d’enfants, ceux remplis d’innocence qui s’émerveillent sur tout et n’importe quoi ! « Une transformation s’effectue, une croissance douloureuse : je suis comme un serpent,…, traînant les lambeaux desséchés d’une vie antérieure, presque aveuglé par les écailles mortes sur ses yeux neufs. J’ai du mal à m’adapter car je ne sais qui s’adapte ; je ne suis plus cet ancien personnage, pas encore le nouveau. » (P. Matthiessen : Le léopard des neiges)

Mais à peine ai-je mis les pieds dans notre nouveau camp, que mes vieux démons refont surface… les oiseaux ne me laisseront jamais tranquille ! C’est de bonne guerre ! Perchée sur un palmier wasaï, une discrète Pénélope marail se délecte. Elle disparaîtra quelques minutes plus tard pour y revenir une fois l’après-midi bien avancé.

Pénélope marailPénélope marail

Si la pluie était omniprésente hier, ici la chaleur domine. Le soleil réchauffe les coeurs et nous en profitons pour faire sécher les bâches et nos quelques affaires humides. Voila notre occupation du moment, les visiteurs sont rares et nous le savons, il faudra attendre que l’astre solaire baisse en intensité pour revoir apparaître nos amis ailés.

L’heure avance et les observations commencent doucement à se faire plus régulière. Je me perds dans un coin particulièrement fourni en passereaux. Je vois du bleu, du jaune et du bariolé, du Guit-guit céruléen, du Sucrier à ventre jaune et du Calliste diable-enrhumé ! Un furtif Myrmidon du Surinam et les habituels Anis à bec lisse ! Des Caciques vert et des Caciques cul-jaune, des classiques toujours classieux !

Cacique cul jaune 2Cacique cul-jaune

La nuit arrivant, nous préparons à nouveau nos affaires… mais cette fois, nous partons pour une aventure nocturne, une exploration herpétologique qui s’annonce une fois de plus passionnante ! A quelques kilomètres du camp, dans une clairière au milieu de la forêt, se trouve une mare temporaire, lieu de réunion de milliers d’anoures à la saison des amours ! Frontale vissée sur la tête, nous nous rapprochons du point d’eau en question guidé non par une petite voix intérieure mais par un vacarme assourdissant bien réel ! Les arbres s’écartent peu à peu, et sous la clarté de la pleine lune et de nos lampes s’étire sous nos yeux la mare en question ! Je n’en crois ni mes yeux, ni mes oreilles ! Ce que je vois est incroyable ! Ce que j’entends tapageur ! Atmosphère unique ! A chaque pas des dizaines de petites grenouilles jaunes sautent comme pour échapper aux pas d’un géant indélicat. Et tout autour de nous, c’est la même chose. Dans chaque recoin que balaye le faisceau de nos frontales, des dizaines, des centaines de petites créatures s’agitent.

Je ne me doutais pas en sortant de la voiture, quelques minutes plus tôt que j’allais vivre une expérience aussi forte. Ce n’est pas par vanité, mais j’ai déjà eu la chance de vivre quelques moments sauvages intenses, à l’instar d’une charge de Gorille de montagne au Rwanda, le repas d’un Ours polaire et son petit sur un malheureux phoque au Svalbard ou encore la danse des Puffins fuligineux frôlant délicatement des vagues déchainées aux Malouines… mais nul doute que ce spectacle de Dendropsophus minutus figure dors et déjà à une bonne place dans mon classement des instants inoubliables !

DSC03189Dendropsophus minutus

L’émotion passée, nous recherchons d’autres espèces. Bien sûr, il y a quelques règles à respecter et nous nous devons de montrer l’exemple. Nous suivons un seul et même chemin, ne nous éparpillons pas, évitons de traverser au milieu de la clairière et de mettre les pieds dans la mare. L’enjeu est de taille, il s’agit de ne pas écraser les oeufs préalablement pondus par des amphibiens un peu en avance. Nous ne sommes pas là pour déranger et avons entièrement conscience que notre présence peut-être perturbatrice. Aussi nous mettons nous à l’écart et profitons de la représentation proposée. Nous délaissons quelques instants les minutus pour nous focaliser sur une Rainette coriace .

DSC03194Rainette coriace

Nos regards suivent ceux des lampes frontales et se perdent un peu partout… il faut dire que tous les amphibiens ne vivent pas dans des biotopes similaires. Certains sont arboricoles comme la Phyllomedusa tomopterna, une superbe créature verte aux flancs oranges tigrés, que nous cherchons en vain. D’autres sont aquatiques. D’autres encore restent au sol. Nous observons dans la mare une « grenouille » qui ne ressemble à rien de ce que nous avons vu auparavant. Un curieux spécimen du genre Chiasmocleis qui restera non identifié. Nous en trouverons un autre un peu plus tard sur de la mousse.

DSC03210Chiasmocleis sp

Le temps de rentrer au camp est venu. Heureusement que je ne suis pas seul, j’aurai été incapable de retrouver mon chemin. Après quelques pas en sol dégagé, j’avais déjà perdu le chemin par lequel nous étions arrivés. Tout se ressemble, et encore plus dans la pénombre. Je pensais pourtant avoir le sens de l’orientation. Nous avions pris la précaution de marquer notre chemin en courbant des branches, mais je dois bien avouer que cela ne m’aurait pas servi à grand chose.

Alors que nous avançons, je suis surpris par une colonie de fourmis légionnaires… ça grouille de partout… et je comprends mieux maintenant les articles que j’ai lu sur ces hyménoptères. Un des phénomènes dont on ne peut apprécier la puissance tant qu’on ne l’a pas vu de ses propres yeux. Réellement impressionnant. En fait, la branche sur laquelle les fourmis évoluaient était invisible, entièrement recouverte par une forêt de pattes et de mandibules ! Plus loin, un papillon  dort du sommeil du juste, posé sur une brindille dont il marque l’extrémité avec une élégance sans pareil.

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Une nouvelle incursion dans un monde qui m’était inconnu il y a quelques jours… et dire que ce n’est pas fini !

Episode 7 : Déluge

1er décembre 2017 : Aujourd’hui, on part en expédition ! La matinée est consacrée aux préparatifs ou ce qu’il en reste. Cet après-midi nous partons en forêt, je vais découvrir un nouveau milieu : les inselbergs ! Un inselberg, ou savane-roche est un relief résiduel rocheux aux pentes abruptes qui domine une plaine d’érosion… et je pense que ça vaut vraiment le détour.

Hamac, moustiquaire, corde, bâche, lampe frontale, bottes, GPS de rando… il reste encore quelques courses à faire. Nous partirons en début d’après-midi.

Après deux heures de route et de sieste, nous arrivons au pied de la savane-roche. Il nous faut maintenant monter à travers la forêt. Mais c’est le moment qu’a choisi la météo pour se gâter. Mais cette fois, il ne s’agit pas d’une petite averse… la pluie s’abat sur nous sans discontinuer et de plus en plus fort. Nous entamons l’ascension sous une pluie battante, et malgré l’épaisseur de la canopée nous commençons réellement à être trempés. Nous accélérons le pas, nous souhaitons accéder le plus rapidement au sommet et nous mettre à l’abri. Nous ne prenons pas le temps de contempler le paysage, nous regardons où nous mettons les pieds, tête baissée et déterminés. Des panneaux nous indiquent les oiseaux que nous pourrions croiser (Pic à gorge jaune, Chevêchette d’Amazonie, Martin-pêcheur nain, Engoulevent noirâtre…) mais n’y prêtons pas attention. Et puis finalement nous arrivons en haut et commençons à monter le camp.

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La pluie s’estompe peu à peu mais les nuages ne disparaissent pas pour autant. L’atmosphère est lourde, toujours pesante… nous profitons des quelques rayons du soleil qui percent à travers les nuages, tout en sachant pertinemment que les gouttes peuvent rapidement refaire leur apparition. Le décor est somptueux. Nous dominons la forêt qui s’étend sous nos yeux à perte de vue et la brume s’empare de la cime des arbres. C’est à cet endroit que nous pouvons voir des aras et toucans si nous avons de la chance.

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C’est aussi ici que nous pouvons croiser les engoulevents, mais aussi le Leptodactyle de Myers, un amphibien endémique des savane-roches. Il va falloir attendre que la nuit tombe pour que la vie se réveille. La journée humide est favorable à l’observation de ces animaux. Au moins un point positif à mettre au crédit de la pluie… et alors que nous contemplons l’étendue végétale devant nous, un oiseau se pose à coté de moi. Je crois halluciner. Je l’ai vu se poser, mais en tournant la tête je ne le vois plus. Je ne distingue dans la lumière descendante qu’une pierre plus sombre que la roche sur laquelle est posée… mais en y regardant bien, je n’ai pas halluciné et l’élément prétendu minéral est bel et bien animal. C’est un Engoulevent noirâtre.

Nous délaissons momentanément notre perchoir pour nous aventurer en forêt. Armés de nos lampes frontales, nous balayons tout autour de nous à la recherche de petites bêtes grouillantes, rampantes ou bondissantes. Le but du jeu est principalement de trouver reptiles et amphibiens, mais les premières trouvailles seront araignées (dont la seule espèce mortelle de Guyane) et amblypyges. J’ai beau m’intéresser à ce nouveau monde, je garde à l’esprit qu’une petite chouette réside dans le coin et espère croiser son regard… mais une boule de plumes ne dépassant pas la vingtaine de centimètres dans des arbres qui mesurent une vingtaine de mètres paraît impossible à repérer. Si elle se mettait à chanter, ça pourrait déjà donner une indication quant à sa localisation, mais rien… enfin si… au loin, on entend des grenouilles chanter, le bruit est assez impressionnant et je n’ose me faire une idée du nombre d’individus regroupés. Sur le retour, une grenouille perchée sur un arbuste se laisse deviner. Pas farouche, elle se laisse photographier sous toutes les coutures et je dois bien avouer que ses yeux sont magnifiques. C’est un Ostéocéphale taurin.

DSC03116Amblypyge

DSC03123Ostéocéphale taurin

Nous retournons sur la savane-roche à la recherche du leptodactyle… l’attente ne sera pas longue. Il y en a un peu partout et leurs yeux reflètent la lumière de nos lampes. Nous prenons quelques photos pour immortaliser l’instant. Devant nous le vide, nous nous installons pour combler celui de nos estomacs. Moments de communion, nous ne parlons plus et savourons. Les leptodactyles brillent davantage que les étoiles… la pluie ne tombe pas mais les nuages menacent toujours. Nous décidons finalement de rentrer au camp, nous croisons sur le chemin quelques Crapauds buffles de bonne taille.

DSC03127Leptodactyle de Myers

DSC03129Crapaud buffle

L’heure a bien avancé, il est l’heure pour chacun de rejoindre ses quartiers. Désagréable surprise de constater que mon sac pourtant étanche ne l’était pas tant que ça…Mes affaires sont toutes humides, mouillées… et ça ne va pas s’arranger… j’ai néanmoins pu sauver un tee-shirt, mais ça risque d’être compliqué pour les chaussettes, et nous ne rentrons pas avant après-demain…

Episode 6 : Chasse aux trésors

30 novembre 2017 : J’ai dormi avec un moustique. Il a réussi à se faufiler, je ne sais par quel miracle, à l’intérieur de la moustiquaire du hamac… je ne sais pas non plus qui était le plus pris au piège des deux, mais ce qui est sûr c’est qu’il n’est pas mort de faim…

Aujourd’hui, je quitte les alentours de Kaw, mais avant je veux tenter d’immortaliser le coq de roche une dernière fois. Il est encore tôt, trop tôt pour l’oiseau orange, je me décide à visiter un autre sentier en attendant. Destination : la réserve Trésor !

La promenade ne dure pas longtemps, une heure tout au plus… et le nombre d’oiseaux observés frôle le néant… ils sont pourtant là. Je les entends. En canopée, des aras doivent offrir un show hallucinant de couleurs, mais il n’y a personne pour le voir. L’épaisseur végétale est dense, la cime des arbres demeurent invisible et par conséquent, leurs occupants aussi. Je les entends crier ! Difficile de ne pas les entendre tant les vocalises sont assourdissantes. Parfois, les cris sont remplacés par le son d’un froissement d’ailes… à ma sortie de la forêt, deux aras s’envolent et s’enfuient au loin, à contre jour dans la brume matinale.

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Pas grand chose à se mettre sous la dent, mais les choses évoluent rapidement… comme le temps. Voici qu’arrive la quotidienne averse. A l’abri, j’observe la vie refaire surface, des papillons déploient des ailes multicolores, des grenouilles tout aussi colorées sortent de leur cachette et une femelle Dryade à queue fourchue sèche ses ailes perchées sur une branche.

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Dryade à queue fourchue 2Dryade à queue fourchue

La pluie ne cesse que quelques secondes et reprend de plus belle. Si le début de la saison des pluies est en avance, elle arrive à grand pas. Le coté positif : je vais peut-être pouvoir envisager des sorties herpéto. Je n’y connais pas grand chose, mais cette éventualité me remplit de joie. Je suis toujours ouvert à de nouvelles expériences. Pour l’heure, je roule vers les coqs de roche, en espérant que le soleil fasse une courte apparition. Pas de soleil, pas de coq ! En m’avançant sur le sentier, je croise quelques observateurs… les nouvelles sont plutôt mauvaises. Ils rentrent. Ils n’ont rien vu… me confiant tout de même que leur prédécesseurs en ont vu deux au loin, dans la pénombre du sous-bois. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre mais j’y vais quand même. Je tente ma chance.

La météo est toujours changeante, je sais où scruter. J’aperçois quelques points oranges, mais effectivement il est très difficile de sortir quelque chose d’intéressant de ces observations. Je ne désespère pas, je sais qu’il faut toujours rester longtemps pour voir les oiseaux dans de bonnes conditions. Au dessus de moi, les feuilles s’agitent. Je ne vois pas ce de quoi il s’agit. Probablement un singe. Cela fait déjà trois fois que ça bouge, comme si l’éventuel primate faisait des aller-retour. Je suis le mouvement des branches et le voit. C’est un Saki à face blanche. Je le vois l’espace de quelques dixièmes de secondes. En fait, nos regards se sont croisés et il est parti. Attitude bien humaine, alors que, comme je le supposais, il aurait pu me voir au travers de la végétation, il s’est arrêté à un endroit complètement dénué de feuilles pour passer sa tête, se croyant invisible… je retourne à mes coqs de roche. Un rayon de soleil et une femelle se montre… rien à voir avec l’éclatante couleur des mâles, elle est sombre, sans grand charme, mais a le bon sens de prendre la pause au bon endroit.

DSC02893Coq de roche orange, femelle

Voilà qui motive ! Si une femelle se montre ainsi, pourquoi le mâle ne le ferait pas. Quelques minutes plus tard, je ne sais combien, peut-être le laps de temps était beaucoup plus important que ce que je l’ai supposé, peut-être est-ce le contraire… dans un environnement comme celui-ci, on n’a pas vraiment la même relation avec la notion de temps, un mâle se rapproche et se pose non loin de l’observatoire. J’ai réglé mes problèmes d’il y a deux jours. L’exposition est bonne, il n’y a pas de branche devant… la photo ne devrait être qu’une formalité… mais tout ne se passe pas toujours comme on le croit ou comme on l’espère… et un détail imprévu fait son apparition… l’oiseau est d’un orange si intense et uniforme que l’appareil n’arrive pas à faire la mise au point. L’oiseau montre son dos, ses délicates plumes effilées et le bout de ses ailes contrastées. Cette fois la mise au point est bonne, j’appuie sur le déclencheur.

DSC02908Coq de roche orange

Mise au point manuelle enclenchée. Le fabuleux oiseau reste sur sa branche et se retourne enfin, sa crête incroyable déployée au dessus de la tête. Un rêve de plus qui se réalise, mes jambes sont fébriles. J’ancre solidement mes pieds dans le sol, mais ne peux rester de marbre, cet oiseau est fantastique !

DSC02988Coq de roche orange

Et puis, le spectacle continue. L’oiseau qui dissimule toujours son bec l’exhibe en basculant sa tête en arrière.

DSC02986Coq de roche orange

Le temps passe, je commence doucement mon retour en direction de Kourou et décide de m’attarder sur la route de Guatemala. L’heure n’est pas la meilleure pour les observations, mais la diversité est si importante que tout est possible. Buse à gros bec et Conures cuivrées sont à l’honneur en ce début d’escapade… mais c’est une Sturnelle militaire posée sur un piquet de clôture qui retiendra mon attention.

Sturnelle militaire 2Sturnelle militaire

J’avance doucement, à l’affût de tout ce qui bouge. Une fois de plus, je ne cherche rien, ainsi je ne serai pas déçu. Je me laisse surprendre et de toute façon, quelle que soit la future observation, bonne ou mauvaise, rien n’enlèvera la bonne humeur engendrée par la boule de plumes orange de la montagne de Kaw. Dernière observation du jour : un Pic de Cayenne peu farouche et bien trop occupé pour s’attarder sur ma présence, se laisse photographier.

Pic de CayennePic de Cayenne

Je rejoins Kourou et retrouve Audric. Il planche sur le programme des trois prochains jours ! Et effectivement, il sera question de sortie herpéto. Hâte de découvrir ce nouveau monde ! Un monde de grenouilles et de serpents.